Interview de Patricia Duliscouet – La rentrée des indés d’Iggybook

En cette rentrée littéraire, les livres autoédités tentent de rivaliser avec leurs homologues « traditionnels » des maisons d’édition. Amazon a organisé un concours dont les prix ont été remis le 5 octobre et Iggybook lance également un événement, « la rentrée des indés » pour donner davantage de visibilité aux livres indépendants. Patricia Duliscouet, fondatrice d’Iggybook, nous donne plus de précisons sur cet événement.

Bonjour Patricia. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots « La rentrée des indés » d’Iggybook ?

Bonjour Thibault, cette année pour la première fois, 40 auteurs autoédités (lire ici leurs interviews) se réunissent pour s’offrir une visibilité inédite, en écho à la rentrée littéraire orchestrée par les éditeurs. Nous les accompagnons en mettant en place un dispositif de promotion très large : newsletter aux 140.000 lecteurs de Babelio, interviews diffusées sur le blog d’Iggybook et sur ActuaLitté, communiqué de presse envoyé à 1000 journalistes et blogueurs, campagnes de pub sur Facebook et Twitter, mise en avant sur l’iBooks Store d’Apple… Iggybook a aussi réalisé des visuels pour tous les auteurs participants, pour faciliter leur communication sur les réseaux sociaux. Rarement des autoédités auront eu une telle visibilité.

Avez-vous lu et sélectionné les livres ou tout le monde peut y participer ?

La Rentrée des Indés est ouverte à tous les auteurs qui ont mis leur livre en vente directe sur Iggybook et qui ont publié un livre en 2015. Notre rôle n’est pas de faire une sélection : Iggybook ne se positionne pas comme un éditeur mais donne des outils à tous les auteurs autoédités pour qu’ils puissent faire leur promotion, fabriquer leurs livres et les vendre.

Mais s’ils le désirent, les auteurs peuvent aussi bénéficier d’un accompagnement dans le cadre du Studio de Iggybook : nous leur proposons des services tels que la relecture des textes, fabrication de couverture… Certains auteurs, comme Julie de Besombes pour Une année de grandes vacances, ou Gilles Pétel pour Exhibitions, ont choisi cette option, avec la volonté de proposer à ses lecteurs un livre de qualité professionnelle. En ajoutant à cela sa participation à la Rentrée des Indés et une vente éclair, Julie a réussi à se hisser en tête des tops d’Amazon !

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Outre donner de la visibilité à des auteurs, quels sont les objectifs de « la rentrée des indés » ?

Il s’agit aussi de montrer qu’en dehors d’Amazon, qui privilégie la visibilité des auteurs qui entrent dans son système KDP Select et choisissent du coup de n’être présents que sur Amazon, il existe des solutions comme Iggybook qui permettent aux auteurs d’être présents sur l’ensemble des librairies en ligne, dont Amazon, bien sûr. Les auteurs autoédités sont en général d’ardents défenseurs de la liberté de création, il faut aussi leur donner toute liberté d’être diffusés très largement, sans s’enfermer dans un système propriétaire.

Il s’agit aussi de participer au changement de regard sur l’autoédition. Il y a déjà de plus en plus de lecteurs qui sont demandeurs d’une création totalement libre, dans laquelle ils peuvent venir découvrir des nouvelles plumes

Il s’agit aussi de participer au changement de regard sur l’autoédition. Il y a déjà de plus en plus de lecteurs qui sont demandeurs d’une création totalement libre, dans laquelle ils peuvent venir découvrir des nouvelles plumes et des pépites qui ne sont pas passées par le filtre des éditeurs. Avec un évènement comme la rentrée des indés, on espère élargir le cercle de ces lecteurs, en amener de nouveaux vers l’autoédition.

N’est-il pas paradoxal de chercher à faire une « rentrée » et organiser des prix ou concours pour des livres indépendants alors que ceux-ci cherchent à se démarquer de l’édition traditionnelle ?

C’est bien pour cela que nous n’avons pas voulu organiser de concours ou de prix dans le cadre de la Rentrée des Indés : l’idée n’est pas de réunir un jury de professionnels qui fera des choix pour les lecteurs, mais justement de permettre aux lecteurs de découvrir de nouveaux textes. C’est pour cela par exemple que nous incitons tous les auteurs présents sur Iggybook à donner en accès libre des extraits sur leur site. La diversité des écrits est immense, et tout autant que l’appétit des lecteurs pour une création non formatée !

Patricia Duliscouet

Patricia Duliscouet, fondatrice d’Iggybook

N’est-il pas également risqué de mettre en avant des livres autoédités qui, pour certains, ne sont pas au niveau, aussi bien sur le fond que sur la forme ?

Je pense que chaque auteur peut trouver son public. Les lecteurs ont envie d’une création non formatée, diversifiée, ce qui ne vous semblera « pas au niveau » enchantera peut-être un autre lecteur, qui n’a pas les mêmes attentes. Il faut laisser ces auteurs aller chercher leurs lecteurs en leur donnant des extraits, en communiquant avec eux, en partageant leur univers d’auteur…

Il faut laisser ces auteurs aller chercher leurs lecteurs en leur donnant des extraits, en communiquant avec eux, en partageant leur univers d’auteur…

Mais il est vrai qu’il est important que les auteurs autoédités entrent dans une démarche de professionnalisation et que sur la forme leur livre soit irréprochable. C’est pour cela que nous leur proposons de les accompagner dans tout ce qui n’est pas l’écriture proprement dite. Dans le cadre de notre Studio, nous  leur proposons toute la gamme des services que rendent les éditeurs, depuis une simple relecture ortho-typo jusqu’à un véritable accompagnement éditorial. Et nous leur proposons aussi de faire pour eux une couverture et une quatrième de couverture attractives.

C’est justement en se professionnalisant que les auteurs autoédités réussiront à imposer une création qui est à la fois libre sur le fond et irréprochable sur la forme, avec une belle couverture,  une mise en page agréable, sans coquilles dans le texte…

L’autoédition en France semble avoir franchi une nouvelle étape en 2015, quel avenir lui prédisez-vous ?

Les lignes sont en train de bouger : la frontière entre édition traditionnelle et autoédition n’est plus aussi claire. De plus en plus d’auteurs qui travaillent avec des éditeurs tentent l’aventure de l’autoédition. Plusieurs d’entre eux ont participé à la Rentrée des Indés, comme Gilles Pétel qui édite chez Stock, Omar Benlaala au Seuil ou Nicolas Pelletier chez Fayard.

Il reste cependant du travail pour améliorer la perception de l’autoédition auprès du grand public et, de façon plus surprenante, auprès des journalistes qui ont eux aussi du mal à accepter que l’accès à la lecture est en train de totalement se transformer.

Le vrai changement en 2015, c’est à la fois la prise de conscience qu’il est possible d’avoir du succès en autoédition aujourd’hui en France, voire même d’en vivre, et que des solutions comme Iggybook sont apparues qui permettent très facilement aux auteurs de fabriquer et distribuer leurs livres, sans compétences techniques particulières.

Il reste cependant du travail pour améliorer la perception de l’autoédition auprès du grand public et, de façon plus surprenante, auprès des journalistes qui ont eux aussi du mal à accepter que l’accès à la lecture est en train de totalement se transformer.

Nous ne pourrons le faire que si les auteurs en prennent eux aussi conscience en se professionnalisant. Nous voyons encore trop de textes qui comportent des fautes, ou des couvertures horribles alors que c’est un élément essentiel du livre, ce que trop peu d’auteurs ont réellement compris pour le moment.

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Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Iggybook, plus de six mois environ après son lancement ?

Nous avons déjà plus de 1200 livres sur la plateforme, et surtout nous avons un très bon retour des auteurs, qui apprécient la simplicité et la convivialité d’Iggybook. Nous avons beaucoup échangé avec eux au cours de ces 6 mois, et nous avons fait évoluer Iggy en fonction de leurs attentes. Par exemple ils peuvent maintenant faire remonter leur blog personnel sur leur page, qui s’actualise ainsi à chaque nouveau billet de blog ; ils peuvent aussi faire remonter les commentaires Babelio, mettre très facilement en ligne des extraits de leur livres, que ce soit du texte ou de l’illustré.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Nous avançons actuellement sur 3 sujets :

  1. Nous allons très prochainement proposer la fabrication de livres papier. C’est une demande forte des auteurs. Nous avons pris le temps de choisir le prestataire avec lequel nous travaillons, et nous allons proposer une offre de qualité, à des prix attractifs, qui permettra de proposer non seulement de l’impression à la demande, mais aussi le référencement de leur livre dans l’ensemble des librairies via la diffusion du Groupe Hachette.
  2. Nous souhaitons aussi que les auteurs aient plus d’outils pour les aider à suivre et piloter leur activité, que ce soit sur leurs ventes ou leurs lecteurs et nous allons développer divers outils de statistiques. Il semble évident aujourd’hui qu’un auteur puisse avoir accès à ses ventes en temps réel, détaillées par libraire, et qu’il ne soit plus obligé d’attende plus un an pour accéder à ses chiffres.
  3. Autre sujet, nous souhaitons que les auteurs utilisant les services d’Iggybook puisse être diffusés chez tous les libraires. Nous travaillons actuellement à élargir notre réseau de libraires pour que les livres soient vendus chez tous les libraires indépendants francophones qui le souhaitent, mais qu’ils puissent aussi accéder aux différents services de streaming de livres (YouBoox, YouScribe…) s’ils le souhaitent, que leurs livres soient disponibles sur les grandes plateformes non francophones et à terme en bibliothèque.

Un dernier mot pour la fin ?

Edité ou autoédité, numérique ou papier, ce qui est important avec un livre c’est l’histoire que l’auteur a portée pendant des mois, qu’il veut partager avec ses lecteurs, et ce qui compte, finalement, c’est le plaisir de la lecture !

Toutes ces évolutions ne font qu’apporter davantage de diversité, de liberté de création, et les lecteurs ne peuvent que s’en réjouir.

 

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Une réponse à “Interview de Patricia Duliscouet – La rentrée des indés d’Iggybook”

  1. Nathalie Bagadey
    21 octobre 2015 à 13 h 42 min #

    Je n’avais pas lu cette interview, pourtant passionnante.
    Je reconnais une qualité formidable à l’équipe d’Iggybook c’est leur engagement, leur dynamisme et leur motivation. Ils sont très réactifs, notamment par mail.
    Et c’est une entreprise française, cocorico.

    Par contre, je suis un peu déçue par cette opération « la rentrée des indés » car comme les lecteurs n’ont pas d’action particulière à accomplir (pas de vote, pas de promotion particulière), l’événement ne suscite pas d’engouement particulier et c’est dommage.

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