L’autoédition a-t-elle de l’avenir ? (2/2)

Dans l’article précédent, j’ai dressé un constat un peu pessimiste de l’autoédition et de ses perspectives d’avenir. Cependant, cette situation morose n’est pas une fatalité puisque l’autoédition est encore jeune et elle peut se révolutionner et se transformer. Comment ?

avenir

Les services dont les autoédités ont besoin

Tout d’abord par l’émergence d’acteurs qui puissent accompagner les auteurs dans les domaines suivants :

  1. marketing et communication : combien de fois n’ai-je insisté sur ce point ? On a beau avoir écrit un chef-d’œuvre, si on ne fait pas de communication sur son livre et si on ne porte aucun effort marketing, personne ne le lira. En revanche, je reconnais volontiers que l’exercice est non seulement difficile et très compliqué à porter à une grande échelle.
  2. relecture / conseils d’écriture : les livres autoédités sont généralement mal écrits. La forme (orthographe, répétition, style etc.) n’est pas au rendez-vous et  l’histoire trop souvent banale, sans originalité, avec des personnages pas assez travaillés. Proposer des services de relecture et de conseils peut aider de nombreux auteurs autoédités à rendre leurs écrits de meilleure qualité.
  3. aide technique : travailler sous Word, réaliser une couverture adaptée à un ebook, produire un epub, convertir des fichiers en de multiples formats peut être complexe, surtout si l’on a aucune expérience dans le domaine informatique.

À l’heure actuelle, je ne connais que l’entreprise Bookelis qui propose de tels services. Je n’ai jamais fait appel à eux et ignore tout de leurs clients et chiffre d’affaires mais leur apparition sur le marché est intéressante et je souhaite que cette société réussisse car elle répond selon moi à un vrai besoin. De même, l’auteur autoédité David D. Forrest a lancé un service de création de couvertures (voir son site ici) qui semble très professionnel et tout à fait adapté aux besoins des auteurs.

« L’ère du numérique et le développement de l’autoédition ont cassé le monopole de la diffusion des livres détenu par les maisons d’édition traditionnelles »

ebook

Les maisons d’édition 100% numérique pour sauver les auteurs autoédités ?

L’émergence de maisons d’éditions numériques est également un phénomène intéressant. Alors certes, il ne s’agit plus littéralement d’autoédition mais ces maisons d’édition numérique peuvent attirer de nombreux auteurs autoédités, en réalisant pour eux les tâches décrites précédemment. Il serait très intéressant et profitable qu’une maison d’édition numérique devienne suffisamment importante pour concurrencer les maisons d’édition traditionnelles qui sont trop frileuses à l’égard du numérique et qui pratiquent des prix prohibitifs. Reste à trouver un business model adapté pour ces maisons d’édition 100% numérique.

L’une des plus belles conséquences de cette transformation de l’autoédition serait la publication par un auteur autoédité (ou par une maison d’édition numérique) d’un livre reconnu pour sa qualité littéraire : je ne parle pas d’un simple best-seller mais d’un livre acclamé par les lecteurs, voire qui sait, par quelques critiques littéraires ou journalistes. Le jour où cela arrivera (si ce jour arrive !), l’autoédition aura franchi un très grand pas et pourra commencer à rivaliser avec les maisons d’édition traditionnelles.

Réinventer le métier d’éditeur

On s’aperçoit que pour progresser et se développer, l’autoédition a besoin de réinventer le métier d’éditeur. En proposant des services à la carte, en laissant une plus grande liberté aux auteurs, de nouveaux acteurs peuvent émerger et contribuer au renouvellement que je souhaite. L’ère du numérique et le développement de l’autoédition ont cassé le monopole de la diffusion des livres détenu par les maisons d’édition. Désormais, un auteur a le choix, il peut choisir entre plusieurs formes d’édition, selon ses aspirations, ses objectifs, son envie… On parle par exemple d‘hybrid author aux États-Unis. À condition évidemment que l’alternative à l’édition traditionnelle soit suffisamment mature et développée : l’enjeu est qu’à terme, l’autoédition puisse être une alternative crédible à l’édition traditionnelle.

Bras de fer

« L’enjeu est qu’à terme, l’autoédition puisse être une alternative crédible à l’édition traditionnelle »

Au final, l’autoédition est un phénomène très intéressant car elle force le secteur de l’édition (qui n’a guère évolué en plusieurs décennies) à se renouveler. Les maisons d’édition ne vont pas disparaître, loin de là. Les meilleures ressortiront renforcées de la mutation du numérique. Cette redistribution des cartes, avec l’apparition de nouveaux acteurs et la transformation des maisons d’édition, pourrait faire baisser les prix des livres (au grand plaisir des lecteurs) et donner davantage de liberté et de pouvoir aux auteurs (et, qui sait, davantage de revenus). Le chemin est encore long et je crains que les blocages spécifiques à la France comme la loi sur le prix unique du livre, la loi « anti-Amazon » et les méfiances culturelles à l’égard de l’autoédition (voir mon article Pourquoi l’autoédition ne décolle pas en France ? à ce sujet) soient encore puissants.

Cependant, on peut véritablement s’acheminer vers un modèle de l’autoédition mature, avec des acteurs importants qui puissent accompagner les auteurs. Ces derniers auraient alors toutes les chances de leurs côtés pour s’affirmer et proposer des ouvrages qui se liraient et qui seraient peut-être même reconnus pour leurs qualités littéraires.

Trop beau pour être vrai ? L’avenir nous le dira.

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16 Réponses à “L’autoédition a-t-elle de l’avenir ? (2/2)”

  1. Eric Garand
    13 juillet 2014 à 12 h 15 min #

    Allez hop, c’est parti ! Je vais commencer par répondre à la première partie de cet article.

    « L’immense majorité des livres autoédités ne se vend pas »

    Deux remarques à faire sur cette phrase :
    1) Tu présente cela comme un fait arrêté. Mais le véritable fait c’est que le marché de l’autoédition français est totalement embryonnaire. C’est un marché immature, qui commence, et c’est tout à fait normal qu’il soit pour l’instant impossible d’y rencontrer un succès majeur. Mais de toute façon, ce fait que la majorité des livres autoédités ne se vendent pas est aussi valable dans un marché mature comme aux USA tout simplement parce que…
    2) Ce n’est pas un problème, c’est le PRINCIPE MÊME de l’autoédition. Il n’y a aucune barrière à l’entrée, impliquant qu’absolument tout le monde peut publier, impliquant qu’une très grande partie de ces livres seront inintéressants voir pas finis, impliquant qu’ils ne se vendront pas. L’absence de barrières à l’entrée implique aussi une très forte concurrence, donc une difficulté à vendre même des bons livres. Note que ça, c’est aussi complètement valable dans l’édition traditionnel (faut être sacrément naÎf pour croire qu’être publié par un éditeur garanti le succès)

    Ensuite, tu te demandes à qui profite l’autoédition. La question en elle-même est franchement bizarre. L’autoédition c’est pas un crime qui profite à quelqu’un, c’est juste un moyen. Le pompom c’est de demander si ça profite aux lecteurs, et tu parles du prix. Mais on s’en fout du prix ! L’autoédition profite aux lecteurs à partir du moment ou elle lui permet d’accéder à des livres qui leur plaisent mais qui n’auraient pas été choisis par des éditeurs. C’est tout.
    Et encore une fois, France = marché embryonnaire. Aux USA, des milliers d’auteurs autoédités parviennent maintenant à vivre de leur plume. L’autoédition a permis la création de genres de niches (par exemple en urban fantasy) que les éditeurs n’avaient jamais supposés exister.

    Est-ce que le marché français prendra un jour la même ampleur ? Pour être honnête, je ne pense pas. Mais se demander à qui cela profite alors que le marché est encore complètement immature… c’est juste trop tôt pour poser une telle question.

    Même chose pour la question sur qui cela menace t-il. Euh oui, en France, personne à l’heure actuelle, clairement. Mais encore une fois, je t’invite à regarder la situation américaine. C’est déjà en train de bouger. Les auteurs parviennent déjà à négocier de meilleurs contrats avec les éditeurs, parce que l’autoédition leur donne un pouvoir de négociation supplémentaire. Là-bas, l’autoédition est une menace, mineure, mais bien existante pour les éditeurs.
    Je me répète beaucoup hein, mais c’est pas le cas en France parce que l’autoédition représente 0,00001% du marché du livre. C’est pas une situation figé.

    Enfin, et alors là c’est le truc que je ne comprends VRAIMENT PAS, tu utilises toutes ces réflexions pour prédire un essoufflement de l’autoédition.
    Lol wut ?
    Comprenons-nous bien : tout le monde s’en fout de l’autoédition. Ce qui compte, c’est le développement de la lecture numérique. Et l’équation est très simple : plus la lecture numérique se développera, plus le marché potentiel pour les auteurs autoédités augmentera, et plus l’autoédition se développera.
    Or, oui, le marché du livre numérique se développe. C’est indéniable : 110% d’augmentation en 2013. Certes, ce n’est qu’un peu plus d’1% du marché. Mais ça se développe. A partir de là, un essoufflement de l’autoédition est très improbable à court ou moyen terme.

    La question c’est plutôt : jusqu’ou se développera t-il ? Tu penses que l’autoédition a déjà atteint son pic de croissance (ce qui me parait contredire tous les chiffres qu’on a à notre disposition), je pense personnellement que l’autoédition française va encore croître mais n’atteindra jamais l’ampleur du marché américain. Pourquoi ? Ca c’est le sujet d’un article que j’ai pas encore fini d’écrire :)

    Maintenant, deuxième article :

    Et là, euh… tout ce que tu proposes, ça existe déjà. Il y a des CENTAINES de sites qui proposent ce genre de services, certains honnêtes, certains de l’arnaque complètes. Le problème de tous ces sites, c’est qu’ils coûtent cher, et que le marché de l’autoédition française et si petit que si tu as recours à ces sites, tu vas claquer plusieurs milliers d’euros et tu n’auras aucune chance de te rembourser.
    Il y a des dizaines de forums permettant de faire de la bêta lecture, il y a des pelletés de tutoriaux sur internet permettant d’apprendre à crééer un ebook, il y a des DIZAINES DE MILLIERS de graphistes qui seront prêt à te faire une couverture (contre monnaie sonnante et trébuchantes évidemment.

    Bref, à ce niveau là, il n’y aucun problème d’offre. Le seul problème, à mon avis, est que la petite taille du marché français rendent pratiquement impossible le retour sur investissement. Du coup, l’autoédition française est aujourd’hui plutôt a privilégier pour les auteurs maitrisant l’anglais (langue ou se situent 90% des tutoriaux, conseils marketing et autres) et ayant de bonnes connaissance informatiques (notamment pour le formatage de l’ebook).

    Ensuite, tu parles des maisons d’édition numérique. Euh oui mais là, c’est plus de l’autoédition. On est bien d’accord que si 100% des auteurs autoédités rejoignent une maison d’édition, numérique ou pas, il n’y a plus d’auteurs autoédités ?

    Je te rejoins néanmoins sur le chapitre des auteurs hybrides. Encore une fois, c’est une conséquence du fait que le marché américain est beaucoup plus mature et effectivement, on ne peut que souhaiter la même chose chez nous.

    Voilà voilà. Des articles intéressants, mais qui manquent de faits concrets à mon goût.

    PS 1 : « L’une des plus belles conséquences de cette transformation de l’autoédition serait la publication par un auteur autoédité (ou par une maison d’édition numérique) d’un livre reconnu pour sa qualité littéraire » C’est déjà arrivé, ça s’appelle « les gens heureux lisent et boivent du café ». Je l’ai pas lu, mais il parait que c’est très bien.

    • thibaultdelavaud
      14 juillet 2014 à 21 h 55 min #

      Quelques remarques par rapport à ton commentaire :

      « Ce n’est pas un problème, c’est le PRINCIPE MÊME de l’autoédition » => je suis très surpris par cette phrase. Même si les auteurs savent que leurs livres ne vont pas devenir des best-sellers, ils s’attendent à enregistrer des ventes, ils veulent toucher un lectorat. Donc ne pas enregistrer de ventes est un problème, puisqu’ils n’arrivent pas à toucher un lectorat.

      « Mais on s’en fout du prix ! L’autoédition profite aux lecteurs à partir du moment ou elle lui permet d’accéder à des livres qui leur plaisent mais qui n’auraient pas été choisis par des éditeurs. » => C’est vrai, d’où la nécessité de faire connaître les livres autopubliés… et qu’ils se vendent. Nous revenons donc au point de départ.

      « Et l’équation est très simple : plus la lecture numérique se développera, plus le marché potentiel pour les auteurs autoédités augmentera, et plus l’autoédition se développera. » => je l’espère mais je n’en suis sur car l’effet mécanique n’est pas si évident que cela. Le numérique va se développer, d’accord, l’autoédition peut certes se développer mais à condition d’être structurée et d’avoir une « bonne réputation » (ce qui n’est pas le cas selon moi).

      « Il y a des CENTAINES de sites qui proposent ce genre de services, certains honnêtes, certains de l’arnaque complètes » => le fait qu’il y en ait « une centaine » et que certains soient « de l’arnaque » prouve bien que ces acteurs n’en sont pas. Par « acteur », j’entendais acteur économique, capable d’agir sur un marché, de proposer des services dignes de ce nom, d’avoir des clients nombreux et fidèles, d’être rentables. Or à l’heure actuelle, ce n’est pas du tout le cas.

      « C’est déjà arrivé, ça s’appelle « les gens heureux lisent et boivent du café ». Je l’ai pas lu, mais il parait que c’est très bien ». => c’est au contraire pour moi le contre-exemple par excellence : livre moqué, qualifié d’« à l’eau de rose », récupéré par un éditeur flairant le coup commercial, il n’y a pour moi aucun apport à la littérature et le parcours de ce livre est la preuve de la faiblesse de l’autoédition.

  2. TheSFReader
    14 juillet 2014 à 8 h 53 min #

    J’ai attendu ton second billet avant de répondre aux deux pour une raison : voir quel avenir tu voyais à l’auto-édition, après avoir brossé un état très sombre de l’état actuel.

    Je m’étonne notamment que tu n’aies pas relevé que LE frein majeur au développement de l’auto-édition est en train de se lever : le manque de lecteurs numériques francophones. En effet, le support numérique est LE format naturel par lequel l’auto-édition peut se développer, celui dans lequel il rentre avec le moins de barrières sur le marché (techniques, prix, diffusion etc.).

    Alors oui, le marché numérique est encore (bien) trop petit pour effectivement faire rayonner / rendre visible les auteurs auto-édités, et leur permettre de vendre plus de « quelques dizaines » de livres. Mais c’est en train de changer, avec pour preuve l’augmentation de 100% des revenus Hachette liés aux ebooks grand-public l’année dernière, pour un chiffre d’affaire qui représente 1/6 du poche. Je crois qu’on assiste aujourd’hui à un décollage du lectorat numérique Francophone. Et plus le lectorat augmente, plus les titres auto-édités ont de chance. Et plus les titres auto-édités seront présents et visibles, plus la lecture numérique sera attractive.

    C’est entre autre par ce phénomène d’auto-renforcement que le marché US de l’auto-édition est arrivé dans l’état de réelle alternative que montre Alan Spade en réponse à ton précédent billet. Alors, certes, le marché US est bien plus important que le marché FR, et il est possible que la « masse critique » ne soit jamais atteinte en France, et que le soufflé retombe ici. Mais je n’y crois pas et m’attend à voir le marché numérique (et avec lui l’auto-édition) décoller réellement dans les prochaines années. (et je vois que Eric Garand fait exactement le même pronostique).

    Du coup, j’espère que tu me permettras de passer sur le reste de ton premier billet et commenter celui-ci. Dejà, je suis d’accord sur le fond de cette première partie, sur le fait qu’il faut que les auteurs auto-édités puissent faire appel à des services pour les aider dans leur travail. Par exemple la relecture/édition, et les aspects techniques etc. Et là, il existe déjà des services pour qui cherche un peu. Pour ce qui est marketing aussi, à vrai dire, mais peut-être pas pour remplacer le contact « direct ».

    Encore une fois, je me projette aux US, où certains services fonctionnent bien : les sites/mailing lists de relais promotionnels (Bookbub par exemple), qui mettent en avant des livres peu chers dans différentes catégories. A condition qu’il y ait des critères « qualité » (chez eux, c’est souvent lié au nombre de reco/nombre d’étoiles), ça peut donner un peu de visibilité aux livres. Reste évidemment à démarrer tout ça, ou inventer nos moyens de promotions à nous. On n’a pas de pétrole, mais peut-être qu’on aura des idées ?

    Dans tous les cas, évidemment, l’auteur auto-édité qui fait appel à des services doit faire TRES attention à ce qu’il fait et choisir avec les plus grandes précautions pour ne pas se faire plumer, ni investir plus que nécessaire.

    Enfin, je crois que quand l’auto-édition décolera enfin en Francophonie, elle se positionnera effectivement en complément de l’offre éditée traditionnellement et de l’offre des éditeurs pure-players, mais qu’il est bien trop tôt pour le voir.

    • thibaultdelavaud
      14 juillet 2014 à 21 h 59 min #

      Cette remarque m’inspire le sujet d’un article que j’écrirai prochainement : l’autoédition en France va-t-elle suivre le même chemin que l’autoédition aux Etats-Unis ? J’aimerais que la réponse soit oui mais je n’en suis hélas pas sûr. J’expliquerai pourquoi dans l’article.

  3. Alan Spade
    14 juillet 2014 à 18 h 09 min #

    Concernant la plate-forme Bookelis, à laquelle vous faites référence dans votre article, on m’a récemment posé la question sur mon blog, et voici la réponse que j’ai faite à leur sujet:

    Après être allé faire un petit tour sur leur site, ma première réflexion au vu de la pub « votre livre catalogué chez 10 000 libraires » (distribution Hachette livre), c’est que ça pue l’attrape-nigaud. Être distribué par Hachette livre ne signifie absolument pas que votre livre sera présent physiquement chez 10 000 libraires, et s’il n’est pas présent en librairie, vous pouvez être certain qu’il ne sera jamais commandé par un libraire, même s’il apparaît dans leur catalogue virtuel. Les libraires sont déjà mis sous pression par les diffuseurs, justement de chez Hachette, pour ne pas que les livres de la concurrence apparaissent en librairie, vous ne croyez pas qu’un libraire va commander les vôtres parce que vous êtes chez Bookelis?

    Même en admettant que vous ayez les reins assez solides pour imprimer 10 000 exemplaires de votre livre et que, ô miracle des miracles, 10 000 libraires le commandent, sous quelles conditions croyez-vous qu’ils vont les commander? En compte ferme ou en retour?

    Ne vous faites pas d’illusion, ça sera sous condition de retour, ce qui signifie que sur les 10,000, vous risquez fort de vous retrouver avec 9990 qui reviennent chez vous, avec en plus les livres à rembourser auprès des libraires concernés.

    Mais bon, c’est une hypothèse hautement fantaisiste, parce que de toute façon, les libraires ne commandent pas de livres autoédités par eux-mêmes. Point barre.

    Après, j’ai vu qu’il y avait des distributeurs comme Cultura, Amazon et la Fnac partenaires de Bookelis, et j’ai donc fait une recherche sur l’une des meilleures ventes de Bookelis. J’ai effectivement pu vérifier que le livre Cent minutes de Julien Morit figurait effectivement sur Amazon, Cultura et la Fnac, mais uniquement en version ebook!!! Pas de version papier!!!

    Franchement, la première impression que j’ai à propos de Bookelis est très très négative: dites-vous bien qu’Hachette n’est pas l’ami de l’auteur autoédité, et dépêchez-vous d’autopublier directement via Createspace (livre papier, cette plate-forme permettant le référencement des livres papier sur Amazon gratuitement) KDP, Kobo et les autres. Le jour où Cultura ouvrira sa plate-forme directement aux autoédités, sans passer par un distributeur numérique, il sera toujours temps d’y transférer ses fichiers, à condition que les revenus d’auteur et les perspectives de vente soient valables bien sûr.

    Vous pouvez aussi consulter l’article le plus lu et commenté de mon blog: http://emmanuelguillot.over-blog.com/article-mon-experience-avec-createspace-et-cyber-scribe-ediweb-110115032.html

  4. Philippe Saimbert
    15 juillet 2014 à 10 h 52 min #

    Ce débat est très intéressant.
    Personnellement, je suis convaincu que de nombreux auteurs vont finir par vivre de leur plume (cf. ce qui se passe aux States). Et que le marché numérique va continuer à se développer.
    Un impératif: les auteurs doivent s’entourer de professionnels ou d’amis/collègues compétents pour la correction/création de leurs oeuvres. Une charte de qualité doit s’imposer au plus vite pour les ouvrages auto-édités.
    THeSFReader a écrit: « Encore une fois, je me projette aux US, où certains services fonctionnent bien : les sites/mailing lists de relais promotionnels (Bookbub par exemple), qui mettent en avant des livres peu chers dans différentes catégories. »
    Voilà une excellente initiative à développer en France!

  5. Romain Godest
    24 juillet 2014 à 11 h 13 min #

    Très intéressant ton article tout comme ce petit débat qui débute.
    L’autoédition semble évoluer lentement en France et j’ai peine à croire qu’elle puisse réellement se développer au point de faire vivre les auteurs.

    Je suis à la fois autoédité et publié en maison d’édition et je connais donc un peu les deux milieux qui peuvent tout à fait cohabiter. Par contre, faire croire (comme le vantent certains sites ou blogs) qu’un auteur autoédité peut vivre de ses écrits me semble assez surréaliste, car, pour cela, il faut tenir la distance et publier au minimum 4 livres par an et qui auront du succès (petit constat personnel) . Il y aura bien sûr quelques exceptions, mais ne rêvons pas. Un livre fonctionne quand tout est réuni et pas uniquement quand il a un lectorat cible figé qui passe à côtés des innombrables fautes d’orthographe.

    S’il est vrai que le livre numérique est en pleine expansion, les éditeurs (surtout les petits indépendants) commencent également à jouer le jeu en baissant leur tarifs. Pour l’autoédité, il ne reste plus qu’à utiliser les services proposés pour la correction, couverture et mise en page, très souvent onéreux. Là encore, méfiance! (J’ai d’ailleurs écris un article là-dessus).
    Au final, il serait presque plus logique de se tourner vers l’édition à compte d’auteur, très largement critiquée et pourtant plus proche de ce système qu’on ne le pense.

    Personnellement, je vois l’autoédition comme un tremplin, un bon moyen de se faire connaître. Il y a de grandes chances que les éditeurs se servent un jour d’Amazon et de son fameux top 100 pour dénicher des nouveaux auteurs motivés.
    C’est d’ailleurs grâce à l’autoédition que j’ai signé récemment des contrats pour 3 romans avec deux éditeurs différents.

    Concernant le marché du livre, même si les tablettes numériques ont engendré une évolution, cela reste un phénomène de mode et je remarque autour de moi que de nombreuses personnes se munissent de liseuses, sont tout excités, puis reviennent vers le livre papier (ça a d’ailleurs été mon cas avec la kindle paperwhite). On ne change pas si facilement un pays qui a des valeurs bien ancrées.
    C’est pourquoi, tout comme certains trouvent un peu prématuré ton constat sur l’autoédition (même si après plus d’un an, je pense qu’un premier constat est possible), je trouve étonnant de comparer le marché américain au marché français. Nos cultures sont diamétralement opposées, notre histoire est différente. John Trudy en fait d’ailleurs un constat remarquable. nous ne recherchons pas la même chose.

    La clé de l’autoédition réside dans l’entraide et j’ai pu constater il y a quelques mois (tout comme toi je crois dans une association) que les auteurs sont caractériels, indépendants, fiers et ne se refilent des coups de main qu’occasionnellement et non sans contre-partie.
    Au final, l’autoédition ne décollera que lorsque les auteurs y croiront réellement, mais je connais peu d’entre eux (je n’en connais aucun en fait!) qui refuseront le contrat en maison d’édition qui leur sera présenté, car c’est une reconnaissance (à tort puisque qu’il ne s’agit que de l’avis d’un comité de lecture) que l’ego souhaite ardemment obtenir. il y aura toujours quelques exceptions, mais je pense qu’elles seront rares.
    Hugh Howey en est la preuve vivante. Il croit en l’autoédition, mais a rapidement cédé les droits papiers à une maison d’édition, ne conservant les droits numériques (à mon avis) que pour des raisons financières, car la publicité générée au tour de son livre papier impactera immédiatement ses livres numériques et l’argent rentrera directement dans ses poches.

    J’espère tout de même que l’autoédtion continuera à évoluer positivement car elle offre aux lecteurs un choix plus vaste.

  6. charlotte de garavan
    30 juillet 2014 à 0 h 23 min #

    Bonjour,

    Je saute sur le sujet pour donner mon avis… il me semble qu’il faudrait, pour nous soutenir et nous mettre en avant, des agents intermédiaires, des agents littéraires spécialisés en auto-édition qui assureraient la partie commerciale pour laquelle nous ne sommes pas forcément doués… J’entends par là aussi faire de la communication, notamment dans la presse papier. Je viens de répondre à une enquête du magazine Elle et je leur ai suggéré de consacrer une partie aux auteurs auto-édités dans leur rubrique ‘Livres’

    Par ailleurs je pense que les auto-édités (motivés) devraient mettre en commun leurs moyens pour créer une force commerciale, j’avais émis l’idée suivante sur Monbestseller : prendre des stands à plusieurs au salon du livre de Paris ce qui pourrait (peut-être) rendre le projet accessible. Il n’y a pas de miracle, pour être lu, il faut être visible, c’est comme pour n’importe quoi et comme pour n’importe quelle entreprise il faut consacrer un budget à sa publicité. En ce qui me concerne je serais prête à payer pour être visible sur Amazon, on n’a rien sans rien et je ne comprends pas qu’Amazon ne propose pas ce service qui pourrait leur faire (encore plus) gagner d’argent et nous permettre de vendre plus.

    Voilà, je sais que je n’ai pas de moyens, mais il m’arrive d’avoir des idées et je pense utile de les partager.

  7. Margot Aguerre
    21 août 2014 à 14 h 59 min #

    Bonjour,
    Je ne peux parler que de ma courte expérience personnelle. Je termine tout juste un master d’école de commerce à Neoma. J’écris depuis toute jeune et j’ai décidé de m’auto éditer. Voilà les étapes par lesquelles je suis passée (et je suis encore vivante)
    - Finir d’écrire et relire, relire, relire et corriger
    - Faire la maquette de la couv et maquette intérieure du livre via Indesign
    - Faire les formalités administratives (ISBN/auto entrepreneur)
    - Faire des devis d’imprimeurs (j’en ai fait 50 en France et Chine, mais j’ai choisi un concitoyen Copie Média à Mérignac, 500 exemplaires pour 3000€ et 550 pages). Signer avec l’imprimeur et recevoir le B.A.T. Valider le BAT (si ta maquette est bien faite normalement tu n’as rien à retoucher.
    - Créer un ebook via Indesign (on le rabâche, c’est important d’avoir le format numérique et papier)
    - Faire des badges et marque pages, petits objets promotionnels
    - Référencement : FNAC, Amazone, Colibrije (pour les bibliothèques et librairies), les magasins Leclerc (espaces culturels ou hypermarchés qu’il faut contacter individuellement), cultura, Carrefour, Auchan, Cora (toutes les grandes enseignes de distribution). Mauvaise surprise : les marges demandées par les enseignes quel qu’elles soient ! Penser en fixant le prix de vente que la FNAC prend 40% du prix HT du livre, donc avec les frais d’impression, faites attention de ne pas perdre d’argent.
    - Et à chaque fois que j »ai contacté ces magasins, j’ai demandé à faire une séance de dédicaces, je peux vous assurer que si vous ne tombez pas sur des connards, les magasins sont friands de ce genre d’animation !
    - Participer à des salons du livre ou des festivals pour mettre son livre en avant
    - Suivre de près ses coûts : le but n’est pas de perdre de l’argent ! (on ne fait pas une école de commerce pour rien)
    - Pour le moment je n’ai pas encore mes exemplaires mais j’ai déjà fait tout le travail énoncé plus haut. Ce n’est pas quand tu as tes livres que tu dois te bouger, c’est au moment où tu as terminé de l’écrire (et avant relecture) que tu commences ta promotion et tes démarches. J’estime environ à 100 exemplaires le nombre de livres qui devraient être vendus en moins d’un mois. Je vous tiendrai au courant si ça vous intéresse.

    Je pense qu’en effet les auteurs auto édités devraient former une sorte d’association, ou de clubs ou je ne sais quoi pour au moins négocier des tarifs : auprès des imprimeurs par exemple, auprès des salons pour avoir des stands moins chers, auprès des fabricants d’objets promotionnels etc… Apprendre les uns des autres et éviter les mêmes erreurs ! J’ai galéré au début mais maintenant je ne referai pas les mêmes bêtises. J’ai 24 ans, toutes mes dents et pleins de nouvelles idées pour m’auto éditer et vendre mes livres au plus grand nombre pour partager dans le respect et la convivialité !

    J’ai déjà proposé à certains auteurs auto édités de collaborer pour participer à des salons ou autre mais visiblement chacun préfère rester dans son coin. C’est bien dommage… « Aux US ce n’est pas la même chose » je l’entends tout le temps celle là mais ici on est en France. J’espère pouvoir trouver des gens motivés qui se sont auto édités et avec qui on pourrait former un groupe cohérent pour montrer que les indies peuvent être des pros et proposer des choses sérieuses. A bon entendeur : margotaguerre.com. N’hésitez pas à me contacter.

    En tout cas merci pour ton article et à tous ceux qui ont laissé des commentaires !

    • thibaultdelavaud
      22 août 2014 à 10 h 11 min #

      Merci beaucoup pour ce témoignage très intéressant. Tu sembles privilégier l’autoédition format papier, ce qui est plutôt original et courageux compte tenu que le numérique demeure le format privilégié pour l’autoédition.

      Concernant les « clubs » ou « associations », il en existe déjà plusieurs (voir sur Facebook par exemples les pages de ceux-ci) mais selon moi, il est encore trop tôt pour que cela soit consistant et viable puisque l’autoédition est en train de décoller lentement et que les auteurs ne sont pas encore suffisamment « puissants » et reconnus. En revanche, je t’invite à regarder sur Internet car il existe des structures qui proposent des services pour les indés (Narcissus, bookelis) et que certains auteurs indés comme Chris Simon sont très influents (elle publie chaque semaine un Mag des Indés sur Internet) et ils contribuent à faire bouger les choses.

      Bonne continuation et à bientôt,

      Thibault Delavaud

  8. Nathalie Bagadey
    28 août 2014 à 23 h 19 min #

    Bonsoir Thibault !
    Très intéressants articles. UN grand merci pour m’avoir aidée à « sauter le pas » : ça y est, je me lance aujourd’hui dans l’autoédition et ai commencé une série d’articles relatant cette “aventure” (http://www.nathaliebagadey.fr/mon-aventure-dans-l-autoedition-2-qu-est-ce-que-c-est-l-autoedition-a109173886 ) où je vous cite comme l’une de mes sources.
    Merci encore et bonne continuation !

    Nathalie Bagadey

    @ Margot : bravo pour tes idées ! Je ne les avais pas à ton âge, tu peux être fière de tout ce que tu as accompli. :-)

    • thibaultdelavaud
      30 août 2014 à 16 h 57 min #

      Merci pour votre commentaire Nathalie. Je vous souhaite une bonne continuation et bonne chance dans l’autoédition.

      À bientôt,

      Thibault

  9. Chistophe Lucius
    9 octobre 2014 à 8 h 51 min #

    Merci pour cet bel article qui vient confirmer que l’auto-édition est une alternative qui est de plus en plus encouru par les jeunes auteurs. Et avec l’essor du numérique, la situation ne s’est pas améliorée. Je reviens également sur la question ici: http://christophelucius.fr/post/99315801941/le-numerique-peut-il-faire-revivre-les-bibliotheques

  10. Jean-Yves Normant
    2 décembre 2014 à 11 h 11 min #

    Bonjour,
    Je suis le fondateur de Bookelis et je me permets à réagir à cet article intéressant (et sans doute un peu pessimiste).

    Vous êtes très attaché à la reconnaissance littéraire, qui est à vos yeux une mesure importante pour jauger la place de l’autoédition dans le monde du livre. Je pense qu’il faut se demander de quelle reconnaissance il s’agit, surtout la reconnaissance par qui ? la valeur littéraire a toujours été proclamée par une petite élite de lettrés. Cette élite est composée majoritairement d’écrivains, eux-mêmes publiés par des éditeurs. Il est naturel qu’ils s’intéressent aux auteurs de leur milieu, édités de façon traditionnelle, voire par le même éditeur. Il faudra de longues années avant que cela change. J’ajoute, sans chercher à polémiquer, que l’âge moyen de l’élite en question (voyez le juré du prix Goncourt par exemple) ne plaide pas en faveur des nouvelles technologies et des nouveaux modèles de diffusion.

    Concernant les USA qui constituent la référence en matière d’autoédition, il faut tout de même rappeler que là-bas aussi elle a beaucoup été décriée, et l’est encore.On y trouve encore régulièrement les mêmes critiques qu’en France (« si un éditeur n’a pas pris un livre c’est qu’il est mauvais », « l’autoédition est une question de vanité », « la qualité est très mauvaise », etc.).
    La reconnaissance littéraire ? je ne connais pas d’exemple d’un livre américain autoédité qui l’ait trouvée. Les succès d’autoédition sont pour l’essentiel des romans de divertissement sans prétention particulière.
    Sur le plan financier, certes il y a des auteurs qui en vivent mais pas non plus des milliers. Les best sellers autoédités existent bel et bien, mais ne sont pas légion. Là-bas comme chez nous, l’immense majorité des livres ne se vendent pas.
    Les ebooks représentent en 2013 environ 20% du marché en valeur, versus 4% en France. Un écart énorme certes, mais notons que 80% du marché y est encore constitué par le livre papier.
    S’il est évident que les USA connaissent un très fort développement de l’autoédition et une normalisation du phénomène, il faut quand même relativiser un peu.

    Pour finir, un mot de réponse au commentaire d’Alan Spade sur Bookelis : il y a une profonde méprise quant à notre offre de distribution en librairies, que vous n’avez visiblement pas comprise (ce qui me surprend car votre blog est par ailleurs très intéressant) : je vous invite à retourner voir notre site et notamment cette page http://www.bookelis.com/content/53-la-distribution-en-librairies-de-livres-autopublies
    Le livre de Julien Morit que vous mentionnez figure non seulement sur Amazon, mais a été classé au top 100 pendant plus d’un mois. Vous vous indignez qu’il ne figure pas en version papier sur Amazon, Cultura et la Fnac… eh bien tout simplement J. Morit n’a pas souhaité prendre cette option de distribution… ! Il vient de publier son 2e livre chez nous, ce qui témoigne suffisamment de sa satisfaction.
    Pour ce qui est des référencements auprès des libraires vous dites qu’il faut les faire en direct ; nous proposons de tout centraliser à partir d’un compte unique chez Bookelis. Libre à chacun de préférer travailler en direct avec chaque libraire, mais cela nécessite un temps considérable. De plus de nombreux libraires resteront inaccessibles, tel que l’ibookstore d’Apple par exemple, alors qu’avec Bookelis vous y aurez accès, ainsi par exemple que Youboox et bien d’autres.
    Je précise également que Bookelis est une jeune entreprise, totalement indépendante, qui propose l’offre la plus complète existant en francophonie, avec une palette de conseils et services gratuits, et d’autres payants à des tarifs très raisonnables (il est facile de comparer).
    Début 2015 nous lancerons un service de publication avec une conversion automatique du format Word vers le format epub, puis référencement complet auprès des libraires en ligne, et ce gratuitement (nous sommes alors rémunérés en pourcentage des ventes uniquement).

  11. Hélène Marie Marchal
    9 janvier 2015 à 2 h 55 min #

    Merci pour votre article, l’écriture emprunte la même recette que pour d’autres réussites :
    1/4 de savoir, 1/4 de faire, 1/4 de savoir-faire et 1/4 de FAIRE-SAVOIR !
    Une fois je lisais que les éditeurs traditionnels acceptent sciemment des navets pour continuer à faire travailler la chaîne du livre….. ça enlève tout complexe !
    Cela dit, il faudrait des émissions audio, TV ou Internet qui fassent connaître des auteurs auto-édités, les interviewent, invitent des lecteurs à donner leur avis, sortir ce phénomène de l’ombre, en somme.

  12. 22 février 2015 à 9 h 52 min #

    Bonjour,

    Après avoir lu vos (très) intéressantes publications, il m’est venu l’idée d’ouvrir un blog dédié à ces sujets. Mon premier article d’éditeur est en ligne, vous pouvez, que dis-je, vous devez contribuer :-)
    Le thème principal : y voir plus clair dans les particularités des l’autoédition et de l’édition. Ce n’est pas un match mais un débat contradictoire.
    Merci et à bientôt.

    http://chumed.e-monsite.com/

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