Pourquoi l’autoédition ne décolle pas en France ?

Lorsqu’on regarde la situation de l’autoédition en France, force est de constater que celle-ci n’est pas reluisante. Alors qu’aux États-Unis, l’autoédition est une véritable révolution, accompagnée par celle de la lecture numérique, en France, ce phénomène peine à prendre toute l’ampleur qu’il mérite.

On peut avancer de multiples raisons à cet échec (relatif) : marché français trop restreint, lente diffusion de la lecture numérique en France, pression des éditeurs, dispersion des initiatives des auteurs indépendants, manque de visibilité de ces derniers… Cela est sans doute vrai mais selon moi, la raison essentielle de l’échec de l’autoédition en France est culturelle. L’autoédition ne décolle pas en France parce qu’on ne veut pas qu’elle décolle.

Qui se cache précisément derrière ce « on » ? Un peu tout le monde, n’importe quel amateur de littérature et lecteur passionné.

« la raison essentielle de l’échec de l’autoédition en France est culturelle »

En France, la littérature est un trésor national. Le livre est mis sur un piédestal (c’est d’ailleurs un des freins au développement des liseuses selon moi) et l’auteur a un statut particulier, il est volontiers vu comme un ambassadeur de la culture française, admiré et respecté. Cette posture élitiste, adoptée par une grande partie des éditeurs, journalistes, lecteurs passionnés et auteurs, n’est pas choquante en soi puisqu’il y a là une volonté louable de préserver et promouvoir le « beau ». Les prix Goncourt et l’Académie Française veillent notamment à garder le temple de la littérature française.

Personnellement, je m’inscris dans cette démarche élitiste en recherchant le meilleur en matière de littérature.

Vieux livres

Cependant, cette posture élitiste peut être pervertie lorsqu’elle est confondue avec un conservatisme exagéré, teinté de l’arrogance française que les étrangers nous reprochent si souvent, surtout si l’on brandit « l’exception culturelle française ». Et face au phénomène de l’autoédition, ce conservatisme est clairement à l’œuvre.

Le conservatisme français contre l’autoédition

On dit souvent que les livres autoédités sont de mauvaise qualité. C’est vrai, beaucoup de livres autoédités ne sont pas au niveau, tant sur la forme (orthographe, langue…) que sur le fond (intrigue, personnages…). Cependant, il existe malgré tout des livres autoédités de bonne facture. Mais là n’est pas le plus important. Pourquoi dénigrer des livres qui n’ont aucune vocation, si ce n’est de trouver un lectorat, parfois minime ? Mais dans un pays où la littérature est un trésor, le livre autoédité est une tache, une anomalie. En France, un livre se doit d’être noble, avec une couverture aussi minimaliste que possible (voir à ce titre cet excellent article de Slate), publié par un éditeur, un vrai, et traitant de thèmes profonds et universels.

Plus globalement, on considère en France que la littérature est considérée comme trop noble pour être mêlée, de près ou de loin, à une démarche commerciale et donc à l’argent. Voyons comment les conservateurs traitent les auteurs de best-sellers en France : les Guillaume Musso, Marc Lévy, Katherine Pancol etc. Ils sont moqués et critiqués, accusés d’abîmer la littérature. Et leurs lecteurs n’échappent pas aux quolibets, accusés quant à eux, d’une part, de ne pas être suffisamment connaisseurs ou courageux pour lire autre chose et, d’autre part, d’ « entretenir » ce système. Pourquoi ne pas laisser ces auteurs et leurs lecteurs tranquilles ? Se réjouir du succès de ces best-sellers qui font les affaires des éditeurs et des librairies (et donc de l’industrie du livre) ?

« En France la littérature est considérée comme trop noble pour être mêlée à une démarche commerciale »

Observons comment est traité le phénomène de l’autoédition en France. Cette nouvelle forme d’édition est observée avec suspicion, avec une étrange curiosité, sans réel enthousiasme, sans effet d’accompagnement. Alors qu’elle est accueillie aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne comme étant une formidable opportunité, en France, on s’interroge, on débat et on n’avance pas. Lorsque MyKindex a vu le jour, malgré tous les défauts de ce système, on ne cherche pas à voir les avantages, les effets positifs. Non, on tire à boulets rouges dessus. Lorsqu’Agnès Martin-Lugand est reçue à la télévision, on descend son livre sans autre forme de procès. Les différents articles dans la presse et les reportages à la télévision consacrés à l’autoédition sont, d’une part, peu nombreux, mais aussi fortement orientés sous l’angle économique (article du Huffington Post, article du Figaro, article de Challenges). Ces articles sont très intéressants, mais incomplets selon moi car ils ne mettent pas l’accent sur les mutations et les perspectives concrètes que l’autoédition ouvre et se focalisent sur l’idée très trompeuse que l’on peut « faire fortune » en passant par l’auto-édition.

Agnès Martin-Lugand invitée dans l’émission On n’est pas couchée (à partir de la 45ème minute) :

Image de prévisualisation YouTube

L’auteur autoédité ou indépendant est quelqu’un de suspect pour les conservateurs. Il est accusé d’avoir été refusé par un éditeur (donc son livre est forcément mauvais) et de tenter sa chance coûte que coûte (car il n’a rien compris). Pourtant, à ma connaissance, beaucoup d’auteurs autoédités n’ont jamais envoyé leurs manuscrits aux maisons d’édition, ils ont choisi l’autoédition pour la liberté qu’elle procure. Plus grave pour les conservateurs concernent les intentions qu’ils prêtent aux auteurs autoédités, à savoir vouloir gagner de l’argent. En France, gagner sa vie grâce à une activité artistique est suspect, l’artiste qui gagne de l’argent est un traître, il a vendu son âme, il fait du « commercial » (combien de fois entendons-nous cette critique à propos d’un écrivain, d’un acteur, d’un chanteur ?). L’artiste, le vrai, se doit de « galérer », de vivre comme un marginal, d’être incompris par la société… C’est la figure du poète maudit, à laquelle se réfèrent tous les conservateurs, persuadés que l’artiste ne peut être autre chose qu’un poète maudit (le poète maudit ne constitue pourtant qu’une image d’Épinal, historiquement rattaché à un groupe restreint de poètes de la fin du XIXème siècle. Mais cette figure a connu un succès retentissant, fortement imprégnée aujourd’hui encore dans la culture française. Or, l’auteur autoédité, pour les conservateurs, est à l’opposé du poète maudit : il veut vendre, fait de la publicité (parfois à outrance), n’a aucun talent littéraire, est intéressé par le succès financier seulement…

poete-maudit

L’auteur autoédité, nouveau poète maudit ?

Beaucoup d’auteurs autoédités seront d’accord avec le fait que leur activité s’apparente très fortement à celle d’un entrepreneur. Or, en France, l’entreprenariat est loin d’être encouragé et autant valorisé que dans d’autres pays (États-Unis en tête). Alors l’autoédition… Pour les conservateurs, l’idée que des écrivains puissent être des entrepreneurs est insupportable. L’auteur autoédité accumule deux défauts : ne pas être un vrai écrivain et avoir une démarche commerciale. Et loin des stéréotypes et des clichés, l’immense majorité des autoédités ne gagne pas suffisamment d’argent avec la vente de leurs livres pour vivre de leur activité. Ils n’ont d’autre ambition que de proposer leurs écrits à des lecteurs, même si ces derniers sont peu nombreux. Ils « galèrent », sont confrontés à de nombreuses difficultés, se sentent incompris…

Peut-être comme des poètes maudits en somme. 

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11 Réponses à “Pourquoi l’autoédition ne décolle pas en France ?”

  1. Bregman
    24 février 2014 à 0 h 54 min #

    Je partage complètement ce regard sur le monde de la littérature dans notre pays. Il y a un certain snobisme autour du monde des livres, on entre dans une bibliothèque comme on entre dans un temple et on évite soigneusement de délivrer un prix Goncourt à un ouvrage dont la thématique ne relèverait pas du plus grand sérieux qui soit. Les auteurs auto-édités sont des auteurs auto-proclamés, donc forcément des imposteurs. Leur ouvrir la porte des librairies reviendrait à y laisser entrer la décadence profonde de notre société.
    Dit autrement, les auteurs indés ne sont que des auteurs indésirables.
    Mais heureusement, la littérature possède cette magie d’explorer de nouvelles directions, de tracer de nouveaux chemins et de construire de nouveaux ponts. Alors que les poètes maudits ne se soucient pas trop de toutes ces étranges manifestations d’hostilité à leur égard.
    Dans une société qui n’aime pas le changement, les électrons libres ne sont pas les bienvenus.
    Mais cela n’est qu’une question de temps, car, n’en déplaise à leurs détracteurs, ce sont toujours eux qui participent le plus à l’édification d’un monde meilleur ;-)

    • thibaultdelavaud
      24 février 2014 à 19 h 57 min #

      Merci pour votre commentaire. Je partage votre point de vue sur le fait qu’effectivement, ce sont les « électrons libres » qui font bouger les choses et qui entraîneront une révolution. Espérons qu’ils soient suffisamment nombreux pour créer les mutations que nous attendons dans le monde de l’édition prochainement.

  2. Don Iksé
    24 février 2014 à 17 h 36 min #

    Bonjour Thibault,

    Merci pour ce billet très intéressant et pertinent.
    Cependant je vois un avenir moins sombre pour l’auto-édition et l’édition numérique en France. Le contexte est certes très différent de celui qui existe aux USA, mais je ne pense pas que le marché du livre en France échappe à sa révolution comme l’ont connu (et le connaissent encore) le cinéma et la musique.
    Le rôle d’un éditeur est de mettre en relation les auteurs et les lecteurs. Avec le temps, certains ont glissé de ce rôle vers un autre moins éclatant qui est de défendre sa propre existence. Ces éditeurs qui ont peur du changement travaillent à maintenir artificiellement un statu quo au détriment tant des lecteurs que des auteurs.
    Je ne crois pas qu’ils puissent faire autre chose que de freiner l’évolution en cours. Ils gagnent un peu de temps, mais je suis persuadé que l’évolution du marché reste inexorable même si elle est plus lente en France que chez nos voisins.

    Au final resteront ceux qui se sont adaptés à l’évolution des technologies et des mentalités… comme toujours.

    • thibaultdelavaud
      24 février 2014 à 20 h 57 min #

      Bonjour Don Iksé,

      C’est vrai, mon constat est un peu pessimiste. La « révolution » numérique et de l’édition aura lieu en France j’en suis certain mais elle sera plus lente et les mentalités changeront très lentement également, les Français étant moins réceptifs au numérique et à « l’autoédition ». Mais ne perdons pas espoir et continuons, même à petite échelle, à être acteurs de cette révolution.

  3. Jean-Luc Durand
    26 février 2014 à 14 h 03 min #

    Excellent article qui souligne le mépris français pour la littérature indépendante, celle qui échappe aux éditeurs donc à la censure de l’élite. Heureusement, les nouvelles plateformes comme le Kindle d’Amazon vont sûrement changer la donne.

  4. Cyril
    13 mars 2014 à 2 h 54 min #

    Bonjour Thibault,

    Je réagis parce que tu dis beaucoup de choses dans ton article et qu’il me semble que certaines sont très justes, d’autres moins et que tu en oublies d’autres. Ma réponse est donc plus une contribution à la réflexion qu’autre chose.

    Ainsi je souscris totalement à ta dénonciation du système médiatique et de son mépris envers l’autoédition et tu poses la bonne question : « Pourquoi dénigrer des livres qui n’ont aucune vocation, si ce n’est de trouver un lectorat, parfois minime ? ». J’ai moi aussi assisté à la mauvaise foi ahurissante des chroniqueurs sur le plateau de ONPC avec un vrai sentiment de gène.
    Cependant si la mauvaise foi est patente, peut-on aussi critiquer la valeur littéraire ces œuvres ? L’opposition entre succès et qualité est souvent présentée de manière nauséabonde par les défenseurs d’une qualité élitiste qui méprise les lecteurs des ouvrages plus populaires. Dire cela ce n’est pas non plus mettre tout à égalité et il doit pouvoir être possible de dire aussi que certains romans, même s’ils sont largement vendus sont AUSSI, parfois mais pas systématiquement, ni par principe, mauvais…

    Il faut ensuite dire d’où je parle pour être parfaitement honnête. Je suis éditeur mais pas dans la littérature (dans le pédagogique, ce qui est tout de même très différent du domaine dont tu traites dans ton article). Je n’édite pas en EN numérique stricto sensu mais plutôt en objets transmédia parce que à mon sens seule une partie de ce que j’édite a une raison d’être au format numérique.
    Et c’est là un des premiers points de désaccord avec ton propos : je suis non lecteur de littérature au format numérique parce que je ne vois pas l’apport du support numérique en tant que tel, je n’en vois pas la valeur ajoutée par rapport à la version papier, je le perçois plutôt comme une perte avec la question de la sensorialité du support, même si cela reste accessoire somme toute, et très personnel. Tu dis, en évoquant la lecture numérique « ce phénomène peine à prendre toute l’ampleur qu’il mérite. ». Mais au nom de quoi mérite t-il quoi que ce soit, quelle est sa valeur intrinsèque qui te semble méprisée, tu ne l’évoques ni ne l’expliques. Car qu’apporte le support numérique par rapport au papier en fait comme médium ? Quelle innovation ?

    Ton texte fait ensuite le lien entre autoédition et édition numérique en liant leurs deux destins, tu dis que l’une et l’autre sont liées dans leurs échecs relatifs en France, alors qu’à mon sens les deux ne le sont pas, stricto sensu.

    Ainsi, pour défendre l’autoédition tu dis : « Pourtant, à ma connaissance, beaucoup d’auteurs autoédités n’ont jamais envoyé leurs manuscrits aux maisons d’édition, ils ont choisi l’autoédition pour la liberté qu’elle procure ».
    Je dois t’avouer que je vois une contradiction dans le propos parce que tout au long de ton texte du dénonces les conservateurs qui au nom du beau et du vrai verrouilleraient un système : pourtant le flot de livres édités et de nouveaux auteurs à chaque rentrée littéraire semble contredire cette analyse.
    Mais pour reprendre ta phrase, de quelle liberté parles-tu ? Celle de ne pas soumettre un texte au regard de l’éditeur in fine, parce qu’il me semble qu’il est le grand absent de ton texte, et étant dans cette position, c’est ce qui me fait réagir car je la connais « de l’intérieur », cette position.
    L’éditeur est le point aveugle de ton texte : si l’objet littéraire vise in fine le regard du lecteur final, que de travail en parallèle en amont !
    Et celui ci, seul l’éditeur peut le réaliser, en collaboration avec l’auteur.
    Je dois te dire que je n’ai jamais reçu de textes publiables en l’état, c’est à mon sens impossible, malgré tout le travail et l’investissement préalable de l’auteur.
    L’éditeur n’est pas que le gardien du temple d’un petit système auto-entretenu, parisianiste et méprisant, cultivant la morgue, le snobisme et l’entre-soi, même s’il peut l’être AUSSI, c’est la face obscure de notre métier, même si elle probablement plus fantasmée que généralisée.
    Mais sa face lumineuse, c’est une attention patiente, parfois névrotique dans une recherche de perfection, humble (l’éditeur n’est qu’un tout petit nom en page bas de page 3 au mieux, alors que…) c’est celui qui passe son temps à dire à l’auteur qu’il faut recommencer telle ou telle partie, parce qu’elle n’est pas à la hauteur de l’ambition que porte l’auteur dans son projet, il est la mouche du coche de l’auteur, c’est celui qui encourage et qui rabroue, c’est aussi celui qui doit composer avec de l’auteur bourré d’idées géniales mais qui ne travaille pas, c’est celui qui se fait trahir par des escrocs intellectuels, c’est celui qui soutient, qui réconforte, qui attend, c’est celui qui réécrit aussi parce que non là ce n’est vraiment pas possible, l’éditeur c’est celui qui marrie des auteurs parce que ces deux là ils doivent travailler ensemble, c’est celui qui donne une idée à un auteur parce que, lui, il peut écrire cela et nul autre…
    Bref l’éditeur c’est celui qui accouche de l’auteur et ça aucun auteur ne peut le faire seul.

    L’éditeur c’est aussi celui qui sait s’entourer d’une équipe : un directeur artistique qui travaillera sur le graphisme de la couverture (tout ne se réduit pas à la blanche de chez Gallimard, ton propos est un peu réducteur pour le coup, va par exemple voir les couvertures et le travail éditorial de Griffes d’encre, ou du Diable Vauvert par exemple), d’un assistant qui écrira une bonne 4e de couv. (rare sont les auteurs qui en sont capables), et d’un bon service de presse qui saura lancer l’ouvrage au bon moment. Parce que non je ne suis pas d’accord avec ton analyse du mépris de ceux qui réussissent : derrière la posture, tous veulent vendre le livre, l’auteur pour en vivre, l’éditeur pour survivre et si tu as raison dans la dénonciation du mépris qui touche les auteurs à gros succès (et leur public), ne nous leurrons pas il y a d’abord beaucoup de jalousies. C’est pour ça que je ne suis pas d’accord avec ta partie sur l’artiste incompris ni sur la dénonciation de la tentation « commercialiste » des auteurs à succès ou des auteurs autoédités…
    Être éditeur c’est être chef d’orchestre. C’est AUSSI un VRAI métier sur lequel ton texte fait l’impasse.

    Ne vois aucune méchanceté dans mon propos (l’écrit durcit tout et souvent de manière excessive par rapport à l’intention du scripteur) mais bien une contribution à un débat que tu lances.
    Très cordialement

    • thibaultdelavaud
      15 mars 2014 à 10 h 58 min #

      Merci beaucoup pour ton commentaire et pour le temps que tu as pris pour réagir de manière très pertinente à mon article. Je vais apporter des précisions à ce que j’ai écrit concernant les différents points que tu soulèves.

      À propos du « phénomène [qui] peine à prendre toute l’ampleur qu’il mérite », je considère que l’édition et la littérature numériques ainsi que l’auto-édition sont une révolution. Nous en sommes en France encore aux prémisses mais aux États-Unis, il s’agit d’une lame de fond qui bouleverse à la fois le secteur de l’édition mais aussi les usages des lecteurs. On peut ainsi lire un livre sur son téléphone portable ou sur une tablette tactile (ce qui demeure certes accessoire et futile) mais cela relie les livres à Internet et donc aux réseaux sociaux, à Amazon, Apple Store… entraînant une interactivité entre les lecteurs, les Internautes et parfois même les auteurs, le tout à une très grande vitesse. La révolution numérique bouleverse également le format des œuvres et développe considérablement l’offre. Ainsi, beaucoup de livres autoédités en numérique sont des nouvelles, format très peu disponible dans l’édition traditionnelle.

      Concernant ta remarque : « le flot de livres édités et de nouveaux auteurs à chaque rentrée littéraire semble contredire cette analyse ». Je pense qu’au contraire, ce constat, que je partage, est la preuve de la persistance du système d’antan puisqu’il s’agit de perpétuer une tradition. Chaque maison d’édition, les plus grandes, les plus prestigieuses, les plus « commerciales », présentent chaque année leurs auteurs et les livres, avec en ligne de mire les prix littéraires qui vont être décernés. Alors certes, les livres et les auteurs sont peut-être plus nombreux chaque année, mais le mode de fonctionnement est toujours le même, alors que les usages des lecteurs changent profondément et que le monde de l’édition traditionnel est bousculé par le numérique, l’apparition de nouveaux acteurs, dont Amazon et Apple…

      De manière plus générale, mon but n’est pas de dénigrer le métier d’éditeur et encore moins les maisons d’édition. Je considère que leur rôle est légitime et nécessaire. J’espère par exemple que la maison Gallimard continuera à vivre pendant très longtemps et si j’ai un jour l’opportunité d’être édité par une prestigieuse maison d’édition, je n’hésiterai pas un seul instant. Cependant, cela ne veut pas dire pour autant que les maisons d’édition doivent être les seuls acteurs du secteur de l’édition et qu’elles détiennent le monopole de la légitimité et du professionnalisme. En France, l’auto-édition n’est pas encore suffisamment mature et souffre d’un manque de professionnalisme mais cela s’améliorera avec le temps. Aux Etats-Unis, des auteurs (Hugh Howey et John locke pour ne citer que les plus connus) parviennent à vendre des dizaines voire centaines de milliers de livres uniquement en format numérique. Cela tend à prouver que l’on peut tout à fait se passer d’une maison d’édition. La question est simplement de savoir si l’auteur le souhaite ou pas : veut-il tout faire tout seul ou se faire aider par une maison d’édition ? C’est une question de liberté, de choix et de moyens financiers. Mais je ne vois aucune mauvaise raison de crier haro sur un auteur voulant s’autoéditer, ce qu’on fait hélas souvent en France, d’où mon article. Ce que je regrette, c’est qu’au lieu de s’adapter et de re-penser leurs métiers, les éditeurs traditionnels demeurent attentistes, voire passifs, adoptant une posture de défense face à l’auto-édition et le numérique en les dénigrant. Et pendant ce temps, Amazon et Apple se taillent la part du lion et préparent l’avenir… Seul la Fnac avec Kobo essaye de lutter et de s’adapter. Mais quid des autres ?

      Encore merci pour ton commentaire et à bientôt,

  5. Anna Lyra
    19 juillet 2014 à 12 h 02 min #

    Je partage votre point de vue sur la dérive élitiste de la littérature en France… et ses conséquences. Il est bien dommage d’en arriver à la culture du snobisme, de la censure de tout ce qui n’a pas reçu l’approbation des « hautes sphères » que sont le système éditorial et les médias. J’espère sincèrement que l’édition numérique va permettre d’élargir un peu cet horizon !

  6. Odile
    13 septembre 2014 à 13 h 21 min #

    J’ai lu et partage tous les arguments avancés, mais il y a quand même une grande méfiance concernant la qualité littéraire des textes auto-publiés (peut-être moins sensible quand le texte est en anglais), et je ne parle pas seulement des fautes. D’ailleurs à rapprocher de la médiocrité bien plus flagrante des livres édités par les éditeurs à compte d’auteur (là, l’auteur a une excuse, il fait confiance à celui qui lui fait payer si cher son absence de compétence, et souvent l’auteur ne s’en rend compte qu’après l’édition). Au moins, un auto-édité a souvent la décence de se relire et même souvent se faire relire. Ça il faudrait d’ailleurs le dire.

    La suite de mon commentaire concerne l’auto-édition ou l’édition à compte d’éditeur et ignore toute forme d’édition à compte d’auteur ou payante hors frais d’impression.

    L’auto-édition a pris son vrai essor aux USA grâce à la lecture numérique, or celle-ci est assez freinée en France, ne serait-ce que par le prix. Je ne conteste pas que ce prix se doit d’inclure tous les frais liés à l’édition. Combien de lecteurs savent que le travail d’un éditeur ne consiste pas seulement à imprimer ? Combien savent que quasiment tous les livres sont relus soigneusement et retravaillés avec l’auteur même si celui-ci a un haut niveau littéraire et que cela coûte cher ? Combien savent que le lancement d’un livre est coûteux et provoque nombre de dépenses de l’éditeur ? Je soutiens bien sûr les éditeurs contre Amazon qui ne s’intéresse qu’aux sous.
    Mais pourquoi, en France, les éditeurs 100% numériques pratiquent-ils des prix inférieurs (et souvent très) sur les livres numériques que ceux proposés sous cette forme par les éditeurs muti-formats ? Car un livre édité papier inclut à la fois le coût d’édition, la gestion des stocks et des retours et même le rebut, ce qui n’est pas le cas d’une version numérique.

    Un autre mystère tout personnel : je vends une BD autopubliée via eBay en PDF, d’origine en français, elle a été traduite en anglais et elle est disponible sur eBay international dans ces deux versions (et annonce dans les deux langues). Pourquoi les visites (et les ventes) sont-elles très supérieures en France (prix identique, 3,25€, et il n’y a pas de frais de port) ?

    Odile

    • thibaultdelavaud
      13 septembre 2014 à 15 h 01 min #

      Merci Odile pour votre témoignage. La question du prix des ebooks est un vrai débat, je suis étonné que vous défendiez les éditeurs traditionnels dans ce domaine puisque ce sont eux qui imposent des prix très élevés pour les ebooks. C’est tout l’enjeu de la guerre actuelle que se livre Amazon et Hachette.

  7. Michel d'Aoste
    3 mai 2016 à 18 h 00 min #

    Personnellement je produis des ouvrages d’enseignement , des traités, et je ne vois pas en quoi un éditeur pourrait apporter quelque chose de plus si ce n’est dans la forme. En revanche, comme on nous trouve via internet, la problématique, comme pour d’autres produits, est de déclencher l’acte d’achat, même si par ailleurs le livre peut être tout simplement une oeuvre.. On hésitera pas à acheter un dictionnaire ou un livre de cuisine à 200 € chez un grand libraire, voire même un roman à 35 €, mais on hésitera à le faire sur le web. Pourquoi ? Parce que l’on a habitué l’internaute à avoir tout gratuit.. Le beurre, l’argent du beurre, et la crémière…(gratuit parce que souvent c’est la publicité intempestive qui finance..et elle seule, voyez youtube) L’auto-édition pourrait s’en sortir à condition qu’elle ait son propre moteur de recherche global, un grand portail commun, bref un vrai travail de marketing et de diffusion. .

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