La science-fiction est-elle en crise ? (2/2)

Lorsqu’on observe le triste constat que j’ai établi dans la première partie de cet article, on peut légitimement se demander si la science-fiction n’est pas en déclin et si elle n’a pas fait son temps.

Plus qu’une crise, je pense que la science-fiction subit une mutation, une transformation qui change son visage sans lui faire perdre toute son identité.

Il faut tout d’abord souligner que la dérive que j’évoquais auparavant a néanmoins l’immense mérite de populariser massivement ce genre qui, rappelons-le, était autrefois réservé à un public restreint d’amateurs. Aujourd’hui, tout le monde ou presque peut lire un livre ou voir un film de science-fiction sans réticences ni a priori. Cette popularisation, même si elle conduit à certains égarements, contribue à faire connaître les grands classiques du genre. Asimov, Philip K. Dick, Frank Herbert sont morts depuis trente ans et pourtant leurs livres sont toujours autant lus. Et il en est de même avec H.G Wells et Jules Verne. Même si la science-fiction se transforme, les nouveaux succès littéraires et cinématographiques n’ont pas réussi à ringardiser les maîtres du genre et ont même permis à la jeune génération de s’intéresser à ces grands maîtres. Je suis ainsi persuadé que le succès de Hunger Games auprès des adolescents les incitera à se tourner ensuite vers 1984 ou Fahrenheit 451.

« La science-fiction subit une transformation qui change son visage sans lui faire perdre son identité »

Red Mars PB:B Format PB

Plus important encore, je crois que le dévoiement actuel de la science-fiction va provoquer une réaction de la part d’auteurs et cinéastes qui, mécontents de voir le traitement actuel de ce genre, auront à cœur de revenir aux sources de la science-fiction, c’est-à-dire proposer une réflexion et un questionnement au travers de leurs œuvres.

Vous êtes sceptiques ? Il est vrai que ce n’est pas gagné mais selon moi, il y a de bonnes raisons d’espérer. La première de ses raisons est le fait que la science-fiction traditionnelle, même si elle a évolué, n’a pas disparu. De nombreuses œuvres s’emploient à questionner les avancées scientifiques de notre époque et le progrès technique. Ainsi, les premiers volets des trilogies Jurassic Park et Matrix, en plus d’être divertissants, abordaient de manière intéressante les thèmes du clonage, du contrôle de l’homme sur la nature, de la réalité virtuelle…. Du côté de la littérature, des auteurs tels Dan Simmons et Kim Stanley Robinson avec leurs sagas respectives Hypérion et Mars la Rouge ont réussi à redonner à la science-fiction ses accents d’antan. Mais il est vrai que toutes ces œuvres commencent à dater. Citons sinon, et c’est la preuve la plus récente, la série télévisée Real Humans (voir l’article à ce sujet ici), diffusée en 2013 et qui a pris le contre-pied d’autres films et séries en traitant le thème de la cohabitation homme/robot de manière très réaliste et pertinente. Enfin, de grands auteurs, toujours en activité, continuent d’animer la SF, sans renier les origines du genre : Peter Hamilton, Dan Simmons, Stephen Baxter et Robert Silverberg par exemple. Ces auteurs sont probablement ceux qui incarnent le mieux cette transition réussie, dont j’appelle de mes vœux, entre l’ancienne science-fiction, parfois austère, rigoureuse, très scientifique et la nouvelle, plus libre, influencée par la fantasy et le fantastique.

«  le dévoiement actuel de la science-fiction va provoquer une réaction de la part d’auteurs qui [...] auront à cœur de revenir aux sources de la SF »

Affiche Jurassic Park

La science-fiction n’est donc pas en crise, mais elle subit une lente transformation. Elle devient multiforme, accessible à un plus large public et moins codifiée, plus en phase avec notre époque et les attentes des lecteurs. Ce bouleversement entraîne inévitablement une dégradation dans le sens où les standards de qualité baissent (il faut plaire au plus grand nombre, faire plus simple, divertir…) mais cela ne veut pas pour autant dire que toutes les œuvres sont condamnées à cette dégradation. Les bons et excellents livres ou films de SF sont en revanche perdus dans la masse, en concurrence avec des œuvres, qui bien qu’étant de SF, n’ont pas forcément grand-chose à voir les unes des autres.

Je reste donc optimiste et je suis certain qu’après la transformation des dernières années viendra le temps de la maturité pour la science-fiction du XXIème siècle. Soyons patients et confiants en l’avenir de ce genre littéraire, qui a prouvé qu’il pouvait passer l’épreuve du temps. Et puis qui sait, les lecteurs de Silo aujourd’hui sont peut-être les Asimov de demain ? 

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2 Réponses à “La science-fiction est-elle en crise ? (2/2)”

  1. COriolano
    18 février 2014 à 12 h 15 min #

    Je suis désolé mais je pense que vous avez une méconnaissance assez forte de la science fiction contemporaine. Il existe de nombreux auteurs qui produisent une SF intelligente qui interroge le futur et aussi notre présent.

    Voici quelques auteurs que vous devriez lire : Iain Banks et son cycle de la culture, Greg Egan, Vernor Vinge (l’inventeur du concept de singularité, pivot de la SF contemporaine, Robert Charles Wilson (Spin par exemple), Christopher Priest, Ian Mc Donald « Le fleuve des dieux ».

    Ce sont les plus importants mais il existe de nombreux auteurs qui proposent une SF très intelligente.

    • thibaultdelavaud
      18 février 2014 à 19 h 59 min #

      Oui vous avez raison, mais ces auteurs ne sont connus que des passionnés de SF, pas des amateurs ou d’un public plus large. Comme je le précise en fin d’article : « Les bons et excellents livres ou films de SF sont en revanche perdus dans la masse ».
      Autrefois, la science-fiction était quasi-exclusivement composée d’auteurs qui étaient à la fois très connus, lus par beaucoup et qui proposaient des histoires intelligentes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les bons auteurs ne sont connus que d’un public restreint, composé de passionnés et de lecteurs exigeants. La SF d’aujourd’hui, à une échelle large et macro, ce n’est pas Priest ou Banks, mais Hugh Howey ou Suzanne Collins. Je le déplore, mais c’est ainsi.

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